L'installation d'une abbaye.

   La quasi-totalité des villes et villages ont pour point de départ, au moins l'un des trois points suivants :          
                 
· Elément politique : Château, Palais, …..  
                 
· Elément religieux : Abbaye, prieuré, collégiale                          
                 
· Elément économique : Marché, port,…… 
Or, dès la présence de l'un de ceux-ci, les autres ne tardaient pas à apparaître. Ainsi, les Seigneurs demandaient fréquemment aux puissantes abbayes voisines, d'installer un prieuré aux abords de leurs châteaux, alors que les marchés drainaient des commerçants, organisés en confréries, qui demandaient protection et soutien aux autorités ecclésiastiques locales (évêchés, abbayes,…)

 LE FACONNAGE DU PAYSAGE.

 
 Comme nous l'avons vu précédemment, le moine voulait se retirer du monde, vivre au désert. C'est pourquoi, ils s'installaient dans des lieux, éloignés des habitations, le plus souvent dans des forêts, qu'ils s'attelaient alors à défricher afin de bâtir leur abbaye. Au fur et à mesure de la multiplication des monastères, le territoire, alors très boisé, se parsemait de clairières. Ces moines défricheurs, après leur installation, devaient également déboiser de grands espaces, afin de pouvoir cultiver les terres, qu'ils avaient reçu en donation.Le défrichement des forêts, même si il n'est pas exclusivement du au monachisme, demeure l'une des conséquences de cet essor monastique. Devenant plus florissante, l'abbaye se dotait généralement de prieurés ou de granges (en général, jamais à plus d'une journée de marche) , initialement conçues pour gérer les nouvelles donations plus éloignées. Entraînant de nouveaux défrichements, ces "annexes" amenaient également les monastères à construire (ou alors à réutiliser d'anciennes voies romaines) des voies de communication (chemin). Progressivement, la France se couvrit donc de ces clairières, reliées entre-elles par des voies de communication, donnant à notre pays un visage profondément différent de ce qu'il avait été.  

                  
    
L'ADAPTATION AU MILIEU 

Devant assurer la subsistance de ses moines, le monastère devait pouvoir leur fournir leur nourriture. La viande, étant interdite, ils recouraient alors à l'agriculture sur les terres, qu'ils avaient reçus.Non seulement, les abbayes défrichaient sans cesse, mais elles arrachaient à ces forêts de nouvelles terres cultivables, qu'au fil du temps ils rendaient fertiles.Une autre constante de ces installations fut le besoin impérieux d'eau pour ces nouvelles fondations. Installés à proximité de point d'eau, ces monastères se sont efforcés de maitriser cet élément, nécessaire à leur développement. Barrages, retenue d'eau, création d'étangs,…..les moines ont également œuvré pour donner un nouveau visage hydrologique à notre territoire. Avec la création de ces étangs, ils ont pu, respectant les préceptes des doyens, intensifier la pisciculture, rendu nécessaire par la prohibition de la viande. Si on ne peut pas dresser l'ensemble des activités monacales, ayant modifié notre milieu, force est de constater que l'établissement d'une abbaye précédait la transformation durable et visible de notre environnement. 

UN CENTRE D'ATTRAIT
  

L’abbaye avait besoin de patriciens, dont le savoir-faire était étranger, ou inconnu, aux religieux : vitriers, tisserands, potiers, tonneliers,….., mais aussi des médecins et des chirurgiens, mais aussi les officiers, chargés de faire appliquer leurs droits sur le domaine abbatial. (Juges, sénéchaux,….)Ces professionnels ne vivaient que grâce aux commandes de l’abbaye, dont ils se rapprochaient en se regroupant près du monastère, formant ainsi un bourg. Un grand nombre de mendiants, mais aussi des paysans, attendant que l’abbaye fasse appel à eux pour renforcer sa main d’œuvre, donnaient encore plus d’importance à ces communautés, véritables « satellites » du monastère.

Une étude récente sur l’ensemble du territoire français estime ainsi que 35 % des communes ont à leur origine un monastère.